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Casser une noble image

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Casser une noble image

Jérôme Delgado / Le Devoir

Avec une vaste sélection d’oeuvres de 15 artistes, la galerie Art mûr propose de mettre en lumière la porcelaine comme matériau de prédilection dans la création actuelle. Connue pour ses expositions thématiques à grand déploiement, l’enseigne de la rue Saint-Hubert ne se penche pas pour la première fois sur les liens parfois fragiles, pour ne pas dire tordus, entre les métiers d’art et la recherche artistique — notamment par l’expo Tout chaud, en 2010, qui rassemblait des artistes verriers.

L’énoncé dans De la porcelaine à l’oeuvre est similaire : le savoir-faire d’une technique ancestrale mène aujourd’hui aux propositions les plus originales. L’objet précieux et décoratif d’hier ne retrouve pas seulement de nouvelles formes. Dans les mains d’artistes éveillés par d’autres connaissances et d’autres contextes sociaux, la porcelaine, ou le verre, ou les textiles, ou le fer, peuvent aussi être source de destruction.

L’introduction chez Art mûr est explicite de ce constat. Le photographe néerlandais Martin Klimas, grosse pointure défendue par des galeries de New York et de Düsseldorf, en Allemagne, met en images des figurines au moment de se fracasser, à l’instar de ce qu’a fait Gwenaël Bélanger avec les objets de sa série Chutes. La photo choisie pour ouvrir l’expo ne manque pas de dynamisme, comme si la destruction de la porcelaine découlait d’un geste virulent. À ses côtés, La fin d’une potiche, oeuvre en deux pièces de Laurent Craste, allie aussi délicatesse et violence : sa porcelaine, un vase anthropomorphique, viendrait de se pendre.

S’il y a un artiste chez nous qui revisite la porcelaine, c’est bien Laurent Craste, céramiste de formation et professeur au cégep. Avec une dizaine d’oeuvres, l’expo rend justice à celui qui a connu tout un automne, présent en solo au Lab Design du Musée des beaux-arts et chez Division, la galerie qui le représente. Craste respecte et confronte en même temps le caractère sacro-saint du matériau, lui donne des formes anachroniques, l’adjoint d’outils banals et rouillés (des clous, une clé anglaise). Son travail résume en quelque sorte le titre de l’expo. De la porcelaine, noble et précieuse, à l’oeuvre, irrévérencieuse et modulable.

L’article complet : www.ledevoir.com



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