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Elles font des paysages / Andréanne Godin et Geneviève Cadieux

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Elles font des paysages / Andréanne Godin et Geneviève Cadieux

Marie-Ève Charron
Le Devoir

En activité seulement depuis 2011, la galerie Nicolas Robert a déménagé ses pénates du Belgo. Depuis janvier, elle occupe un local plus spacieux du Vieux-Montréal, rue King, où elle a fait de la galerie René Blouin sa voisine de palier. Ce rapprochement, au dire des deux galeristes, plaît de part et d’autre. Signe peut-être de cette bonne entente, les dates de leur programmation coïncident et, pour l’heure, le thème du paysage abordé par chacune des artistes exposées en solo, à savoir Andréanne Godin et Geneviève Cadieux.

Les artistes, comme leur galeriste respectif, sont de générations distinctes. Andréanne Godin présente sa première exposition personnelle chez Nicolas Robert. Formée à l’Université Laval, elle a fait ses débuts dans la capitale nationale avant de s’installer à Montréal pour y poursuivre des études de maîtrise à Concordia. La galerie FOFA, dans le giron de laFaculté des beaux-arts, lui a d’ailleurs consacré sa longue vitrine en 2011. D’autres solos ont suivi dans les centres d’artistes Circa et B-312, dans lesquels le travail de Godin s’est affirmé autour du dessin et du paysage.

Ce sont les dimensions sentie et vécue du paysage qui, de toute évidence, intéressent Godin. Force est de le reconnaître dans et aux abords de ses oeuvres, installatives souvent, qui refusent d’en livrer des images simples ou directes et qui, volontairement, contrecarrent sa représentation aboutie. C’était, par exemple, du graphite délicatement poudré sur un relief de papier évoquant la forêt incendiée de l’Okanagan Mountain Park. Ou, encore, le parcours décomposé d’une cueillette de bleuets dans la forêt boréale de son Val-d’Or natal.

Le morcellement de l’oeuvre comme les traces fragiles du dessin au graphite empruntent au fonctionnement de la mémoire sa capacité à réinvestir le souvenir de certains lieux desquels ne subsistent parfois que des détails. Tenaces, ils le sont pourtant, comme l’odeur, narrait l’artiste dans une de ses oeuvres, du sapin baumier. Les affects racontés ne trompent en rien sur les désastres qui façonnent également ces paysages. « L’abondance, disait-elle aussi, du minerai précieux » que sont les bleuets évoque au passage la convoitise autrement plus gourmande et dévastatrice de l’industrie pour d’autres matières premières dans cette région.

L’article complet : www.ledevoir.com