le devoir 2014

Les motifs de la dissidence – Mathieu Beauséjour

le devoir 2014

Les motifs de la dissidence – Mathieu Beauséjour

Marie-Ève Charron
Le Devoir

Mathieu Beauséjour s’est fait connaître comme artiste au milieu des années 1990, mais il oeuvrait dans l’ombre depuis quelques années déjà. Il opérait clandestinement en disséminant son « virus » par tampon-encreur sur les billets de banque qui lui passaient entre les mains et qu’il remettait en circulation. Survival Virus de Survie (1991-1999) est depuis une oeuvre emblématique de Mathieu Beauséjour. Dans sa version muséifiée, qui paradoxalement a redonné aux billets leur qualité de fétiche, elle figure à justes égards dans la rétrospective. Quelques spécimens, tampons et numéros de série donnent sous vitrine un aperçu des 5000 billets, frisant la somme mirobolante de 100 000 $, contaminés par l’artiste. La métaphore de l’épidémie agissante du sida n’allait cependant pas en rester là.

L’argent, qui octroie du pouvoir à ceux qui en possèdent, Mathieu Beauséjour en a fait plus qu’une cible, il en a fait un matériau, à haute teneur symbolique. L’exposition en montre l’éventail, avec la série Empire (2003) et ses billets numérisés superposant en transparence les deux faces, et ses déclinaisons, en liasses de billets verts (Borders) ou de monnaies empilées (Faith).

Le dévolu du collectionneur numismate qu’est devenu l’artiste apparaît surtout avec la série Kings and Queens of Québec (2008), plus généreusement représentée. Scrutant les portraits monarchiques sur fond noir, les images proposent une galerie anachronique du pouvoir tant il semble aujourd’hui, dans ses formes les plus redoutables, rendu acéphale. Or dans l’effigie de l’autorité se terre peut-être un contre-pouvoir, rappelle l’artiste à travers le récit, un peu fabulé, d’une tête de diable mystérieusement nichée dans la chevelure de la reine, sur un billet de 1 $ (Devil’s Face, 1999). Le diable, comme le dit bien l’expression, est dans les détails.

L’article complet : www.ledevoir.com

Crédit : Karine Gagné. Mathieu Beauséjour, Révolution sur papier archive, 2002