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Pharmacopée de vos rêves inavoués

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Pharmacopée de vos rêves inavoués

LE DEVOIR | Marie-Ève Charron – Collaboratrice | Arts visuels

La Centrale met en vitrine les médicaments fantaisistes de l’artiste Dana Wyse.

La Centrale, le centre d’artistes voué aux pratiques féministes, a paré sa vitrine d’échantillons de la pharmacopée magique de Dana Wyse, un projet aussi brillant que drolatique. L’artiste de Colombie-Britannique installée en France développe depuis 1996 un arsenal de remèdes fictifs qu’elle présente ensachés sous d’attrayantes étiquettes dont les images sont empruntées à la publicité des années 1960. Elle y propose des antidotes qui, pour autant qu’ils soient loufoques, dévoilent les peurs et les fantasmes des individus quant aux normes et aux stéréotypes que la société cultive en eux, bien que souvent à leur insu.

L’imagerie surannée sur les sachets gentiment alignés dans la vitrine ramène les modèles traditionnels de l’homme, de la femme et de la famille, dressant un portrait conservateur de la société aussitôt rendu grinçant à la lecture des étiquettes. À l’impératif ou à l’infinitif, les énoncés rédigés en anglais déclinent les promesses, insistant sur le caractère immédiat du résultat : « Be Straight », « Find Her G Spot Instantly », « Instant Québécois Accent », « Act Normal Around Your Ex-Husband’s New Boyfriend », « Make Your Wife Think She Likes Camping », « Virgin Pills. Hymen Restorer », « Be Proud of Your Homosexual Son »…

Sous forme de poudre, de pilule, de seringue ou de cigarette, les drogues imaginées par l’artiste prétendent procurer au consommateur la possibilité de se conformer à des attentes sociales et interpersonnelles multiples jusque-là plus ou moins tacites. La formule se fait l’écho du recours grandissant aux médicaments en guise de traitement facile contre tous les maux modernes. Elle tend aussi un miroir à peine déformant aux stéréotypes de genre encore tenaces autour de nous, comme dans cette récente campagne publicitaire de l’Hôpital de Montréal pour enfants où les garçons soignés aspirent à devenir astronautes, et les filles, des princesses.

Norme hétérosexuelle

Dans la pharmacie de Dana Wyse, la sexualité et les rôles de genre s’avèrent particulièrement hantés par les névroses et les assignations façonnées par la norme hétérosexuelle. En 1997, est-il raconté dans un ouvrage sur l’artiste (éditions du Regard, 2007), elle a reçu un déluge de requêtes sérieuses pour sa pilule pouvant garantir aux parents l’hétérosexualité de leur enfant. Ce travail a la capacité de pointer des peurs réelles, voire de confondre les gens sur sa nature, parce qu’il sort des voies traditionnelles de l’art pour épouser celles du marketing et de la production en série.

Cet art s’inscrit en effet dans…

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Jesus Had a Sister Productions de Dana Wyse.
À la Centrale Galerie Powerhouse (4296, boulevard Saint-Laurent) jusqu’au 3 septembre.

Photo: Oscar Monsalve