montrealistement 2014

Voir demain

montrealistement 2014

Voir demain

Normand Babin
Montréalistement

L’événement où tous les galeristes, les conservateurs de musées, les rédacteurs de magazines sur l’art et autres fans d’art contemporain devraient se ruer a été inauguré jeudi soir à Montréal : Passage à découvert, l’exposition annuelle des finissants au baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’UQAM. Bol d’air frais dans notre actualité artistique, les aspirants, les nouveaux, les petits et gros loups de l’art s’amènent, gentiment ou non, avec leurs sabots, gros ou non, et nous séduisent. Ou non. Il faut bien le dire, à la loterie de la carrière en art, il y aura bien peu de gagnants. Et à qui le gros lot ira, il serait hasardeux (oh que je déteste ce mot !) de s’avancer à le prévoir. Mais à chaque année j’y retourne, avec la plus ferme conviction que certains de ces noms me deviendront familiers. Que certaines de ces œuvres seront un jour convoitées. Avec l’espoir d’y voir clair aussi. Sur je ne sais combien d’œuvres, j’en ai moi, bien petit juge dans toute cette histoire, choisies que quelques-unes. Sont-ce les bonnes ? Seul l’avenir nous le dira.

L’an 2014 ne sera pas marqué par les finissants en peinture. Au fond, on réalise que la peinture est un des médiums les plus populaires, mais aussi des plus exigeants. Il faut du temps et beaucoup de travail pour trouver sa patte, pour ingérer les diverses influences et les faire siennes. Aussi, cette année c’est plus d’installations et de sculptures dont il sera question. Du moins en ce qui me concerne.

Les jolies frisettes de Karine Laurence ne sont pas dans sa chevelure mais bien avec des rouleaux de factures, de coupons de caisse. Ironique à souhait, l’installation en trois section, le duo de mobiles suspendus, le cadre avec une sorte de grappe dans un coin et le cadre avec une sorte de cœur suspendu. De rose et de blanc, de frisures et d’entourloupettes, le Recommencement de Karine Laurence ouvre une boîte de Pandore qu’elle n’a peut-être pas encore vue venir. Et si on se mettait à transformer ainsi en objets d’admiration les multiples papiers, paperolles et paperasseries du quotidien. Et si tout ceci qui n’est que soucis pouvait, comme par magie, se travestir en plaisir.

Encore plus profondément dans l’ironie, Nadia Duquette nous donne à voir un petit autel élevé à la contemplation du kitsch de tous les jours. Le caniche aperçu lorsqu’on s’éloigne légèrement du petit coussin portant angelot, est aussi propre que son ou sa propriétaire, un peu plus poilu certes, mais moins retouché. On imagine. Autel donc à l’absurdité, à la superficialité et au petit plaisir d’être soi. YOLO l’artiste.

Que penser de cette très phallique corne, d’abondance sans aucun doute, toute de fin fil et d’irisés bouton construite ? Une œuvre qui a sans aucun doute demandé une technique élaborée et un temps infini, enfin on présume. Une œuvre qui visiblement tient par magie et enchantement qui menace de s’effondrer, de se désarticuler et de s’émietter. Mais aussi une œuvre qu’on sent lourde. Au propre comme au figuré. À l’autre bout du fil qui (qu’y) a-t-il ? Amusant et intriguant, le travail de Roxane Zarkrzewski demande à être suivi.

Photo : Karine Laurence, Recommencement, détail, 2013
papier et bois

L’article complet : www.montrealistement.blogspot.ca